Chapitre 4 – Les Elfes – Fartarrus, la Cité à l’épreuve du temps / 3ème partie

3. Othar.

Parmi les innombrables secrets que recelait Fartarrus, il existait un chemin enchanté qui, même si la ville était située à des kilomètres des côtes, conduisait directement au bord de l’océan. Sur une jolie plage de galets, surnommée la crique de la Corne d’Eau, surgissait de manière assez incongrue une grande aiguille de roche, qui pointait légèrement vers la mer. C’était un ancien phare, creusé dans la pierre, qui avait depuis été réaménagé en temple sacré. Aux pieds de l’édifice, un réseau de pièges et de fils reliés recouvrait le sol, et l’accès était formellement interdit au public.

C’est là que le sous-officier Sikilas se rendit, au terme de sa première journée de retour dans la capitale. Le soleil couchant irradiait le paysage de lumière mielleuse et dorée, et pourtant Sikilas n’avait jamais trouvé Fartarrus si peu chaleureuse. Toute la ville était sur le pied de guerre, et il venait d’écoper de la pire promotion qui puisse être. Il était en passe de prendre la tête d’une armée, et d’entrer dans la famille royale, lui qui avait débuté comme simple éclaireur. En temps normal, il était quasiment impossible pour un elfe, de son vivant, de s’élever socialement tant l’ordre social était rigide, mais la guerre avait forcé le destin. D’aucun aurait considéré cela comme une bénédiction, mais Sikilas connaissait le jeu des puissants, et ne goûtait guère les coutumes de la cour. Surtout, il ne se voyait pas danser à la mesure des exigences d’une princesse.
La nuit tombait, et le sous-officier n’était pas venu pour admirer le patrimoine de l’île. Patiemment assis sur une souche de bois mort, il attendait Ohtar, un guerrier elfe noir de haut rang, devenu un héros de Fartarrus. Réputé plus vieux que le Roy lui-même, le mythe voulait qu’il n’ait jamais essuyé une seule blessure tout au long de sa périlleuse carrière. De tempérament discret et peu bavard, il vivait reclus, ce qui convenait parfaitement à Sikilas, qui n’avait aucune envie qu’on lui serve un discours creux en préambule du rituel. De ce point de vue, il remerciait les Esprits de l’avoir pour mentor.
En effet, il ne suffisait pas d’anoblir le premier venu et de le canoniser chef des armées pour en faire un nouveau membre de l’aristocratie. Les traditions des elfes étaient sophistiquées et incontournables, et elles s’adaptaient aux individus en considérant leur rang, leur famille et leur profession. Au minimum, Sikilas savait qu’il aurait droit à une partie de chasse, mais c’était sans compter sur l’ingéniosité dont pourrait faire preuve Ohtar pour corser l’épreuve.
L’elfe noir ne se montra qu’au moment où les derniers lueurs du jour mourraient. Il attendait au sommet de la Corne d’Eau, et observait Sikilas. Ce dernier se redressa d’un coup en apercevant les yeux d’Ohtar posés sur lui, qui brillaient comme deux feux follets violets au milieu de son visage sombre. La silhouette se releva, mince et élancée, et pointa un doigt vers les récifs sur la gauche de Sikilas. L’elfe noir dégaina un arc noueux, au bois brillant. Sikilas reconnu l’Arc des Vents Secs, une arme légendaire, aussi célèbre que son propriétaire. Sans armer aucune flèche, Ohtar visa, et tira. Brusquement un souffle, ou plutôt une déflagration eut lieu tout autour de lui, et il disparu pour réapparaître instantanément à l’endroit qu’il avait désigné. Sikilas ne se laissa pas distraire et s’élança derrière son guide, qui s’échappait déjà dans les bois à la vitesse du vent.
Ils traversèrent la forêt à une telle vitesse que Sikilas dût se fier aux mouvements d’Ohtar pour ne pas se laisser distancier, tout en se concentrant pour éviter les arbres qui défilaient autour de lui. Il connaissait l’île comme sa poche et pourtant, il aurait été bien incapable de dire où ils se trouvaient. Quelques zones lui semblaient vaguement familières, mais les Ombres avaient radicalement transformé le paysage, les arbres tordus s’agitaient bizarrement, l’air vibrait de magie impie et une atmosphère lugubre nimbait les lieux.
Ohtar arrêta soudain sa course saccadée, au beau milieu d’une clairière beaucoup trop exposée au goût de Sikilas. Il se tenait immobile, les pieds enfoncés dans les feuilles mortes, quand le sous-officier le rejoint, en pensant reconnaître le terrain.

« On est pas dans la zone d’Artanis par hasard ? »

« Si, se contenta de répondre le guerrier. Restes concentré. »

Sikilas remarqua alors les Ombres. Entre les arbres, tout autour d’eux, des créatures se faufilaient dans leur direction, et les encerclaient progressivement. Leur nombre était tellement incroyable qu’elles se confondaient les unes avec les autres, et passaient pour de simples ombres agitées par le vent. A cet instant, Sikilas cru qu’Ohtar avait perdu l’esprit. L’elfe noir avait les deux mains jointes sur son arc, qu’il avait planté dans le sol, entre ses pieds. Il marmonnait d’inaudibles incantations, pendant qu’à la lisière de la clairière, les premières créatures démoniaques commençaient de se jeter sur eux. Sikilas décocha quelques tirs et faucha une gorge, un œil, avant de littéralement clouer un monstre sur un arbre. Mais, désemparé, il regardait les centaines d’assaillants fondre sur eux et se cru perdu, quand une déflagration retentit à nouveau. Cette fois, une vingtaine de traits partirent simultanément dans tous les sens, comme autant de flèches tirées avec une force colossale, en évitant de surcroît les obstacles. Sikilas regarda les tirs confluer vers le sous-bois, bouche bée. Des cris monstrueux retentirent, puis plus rien. En une attaque, Ohtar avait vidé la zone. Le paysage s’éclaircit légèrement, et l’on distinguait à nouveaux les environs sous la clarté lunaire. Devant eux, la clairière se refermait sur une pente raide, au relief accidenté et envahie par la végétation, dépourvue de chemin praticable.

« On y est », dit simplement Ohtar.

Ils se trouvaient effectivement aux pieds de la source d’Artanis, située en haut de la butte. C’était le cours d’eau par lequel les Ombres avaient infiltré l’île, et par lequel elles continuaient d’arriver le plus souvent. Malgré tous les efforts fournis pour endiguer le mal, les Ombres revenaient toujours, et il avait été impossible de rendre à la source sa pureté originelle, qui demeurait la zone la plus sensible et la plus surveillée de Fartarrus. Sikilas garda le silence pendant qu’ils commençaient d’escalader la côte.

Chapitre 4 – Les Elfes – Fartarrus, la Cité à l’épreuve du temps / 2ème partie

2. Enora.
Abstraction faite de ses frontières, Fartarrus demeurait un havre de paix sans équivalent dans tout Teredia. De l’autre côté de la forêt sauvage et menaçante, le cœur de l’île était à l’abris, et les clairières et les plaines fleurissaient, protégées par des esprits intactes et bienveillants. Pourtant, même dans cette zone, la capitale de Fartarrus restait introuvable. Ses accès, invisibles et secrets, changeaient d’emplacement selon les saisons, et constituaient les seuls passages vers la ville des Elfes. A l’intérieur, les limites de la cité s’évanouissaient dans une végétation incertaine, les premiers quartiers arboraient des jardins suspendus fabuleux, et les rues pavés étaient des chef-d’œuvres de mosaïque. Au centre de la ville, l’immense arbre d’Enora s’élevait dans le ciel, ses branches semblant se ramifier à l’infini. Quiconque avait la chance de pouvoir le contempler était saisit d’étonnement, et se demandait invariablement par quel magie l’arbre n’était pas visible de l’extérieur de l’île. Enora était un mystère pour les elfes eux-mêmes, qui le considéraient comme leur Père. C’était le pilier de leur civilisation et la source de leur longévité, qui canalisait toute l’énergie de l’île.
A l’intérieur, l’arbre était un immense palais. Certaines salles semblaient trop grandes, l’architecture était trompeuse, et il était facile de s’y perdre et de se retrouver inexplicablement au beau milieu d’un sous-bois irréel. Les étages se succédaient ainsi, habités par des nobles, dont les familles constituaient toutes des branches plus ou moins éloignées de la famille Belassiel elle-même. A mesure que l’on s’élevait dans l’arbre, on remontait la hiérarchie aristocratique, jusqu’aux rangs les plus importants, pour finir dans les quartiers du Roy lui-même, au sommet d’Enora.
C’est dans ces luxueux couloirs qu’Olius, un des principaux conseillers du Roy Belassiel, déambulait en se dirigeant vers les appartements de sa sainteté, lorsqu’il croisa un sous-officier au détour d’un couloir. Il était peu commun de voir un soldat ici, et l’intrus, couvert de boue de surcroît, ne l’avait même pas salué. Olius regarda le malotru disparaître derrière un escalier, avant de frapper à la porte du Roy. Il entra en se fendant d’une chorégraphie de révérences.
La pièce était un lieu d’études, jonchée de fauteuils et de tapis, dont les murs étaient couverts de bibliothèques. Au fond de la pièce, un lourd bureau de bois supportait des piles de documents et de cartes. Derrière, une porte-fenêtre grande ouverte donnait sur le feuillage d’Enora, qui inondait la pièce d’une vive lumière verte. Le Roy était assis là, et regardait distraitement dehors, absorbé dans la contemplation de l’océan feuillu. Olius s’avança. Sur un côté du bureau, une carte du Royaume était affichée sur un tableau, avec toutes sortes d’indications. Ça et là, de petites fleurs blanches étaient épinglées sur le tissu. Sur le bureau, des médaillons étaient alignés, et le Roy en tenait un dans les doigts d’une main, en le manipulant pensivement. Forcé par l’habitude, Olius effectua une autre courbette.
« Votre Seigneurie… »
Le Roy lui adressa un regard bienveillant, fixa de nouveau le médaillon qu’il tenait, puis le jeta au milieu des autres sur le bureau. Olius remarqua alors que chacun des bijoux était frappé du sceau de chaque grande famille d’Enora.
« Toujours les Orleha ? » s’enquit le Roy.
« Je suis désolé, Excellence, ils réclament de nouveau un entretien privé… », répondit Olius comme s’il avouait un crime.
La famille d’Orleha était une des plus grandes familles de Fartarrus, qui bien entendu siégeait dans Enora, juste en dessous du Roy. La puissance dont ils jouissaient n’avait d’égal que leur aptitude au complot et au scandale. Depuis quelques mois, ils s’étaient mis en tête de marier leur fils aîné à la dernière fille du Roy, et menaient depuis une véritable campagne de séduction plutôt agressive. En temps normal, le Roy aurait facilement donner sa bénédiction pour une telle union, surtout aussi favorable.
« Sikilas est revenu de Nedmor… » ajouta Belassiel.
« Oh, c’est lui que j’ai croisé en entrant… il était méconnaissable ! », glapit Olius.
Le Roy pris une fleur blanche et l’épingla sur le tableau, juste au dessus d’un symbole de statue. Olius l’observa en se composant une expression dépitée, avant de s’alarmer;
« Le totem de la Bête aussi ? »
« Oui c’était le dernier, Sikilas vient de me le confirmer. Il n’y a plus aucun totem réellement efficace. »
« Malheur, le peuple va vraiment paniquer, cette fois! « , repartit Olius.
Le Roy sourit.
« Vu le cours prit par les événements, ce serait une aubaine. »
Ne sachant que répondre, Olius observait un silence affecté. Coupée du monde, la population de Fartarrus vivait effectivement dans l’ inconscience caractéristique des populations privilégiées, entretenant un rapport abstrait et distancié au monde. Les troubles qui secouaient Teredia ne la touchaient pas, et les récits du dehors sonnaient comme d’angoissantes légendes fort exagérées. Le peuple regardait les soldats aller et venir, en s’inquiétant vaguement, tandis que les nobles d’Enora continuaient de s’enivrer du jeux du pouvoir et d’intrigues politiques.
« Les Orleha sont puissants et appréciés par le peuple, continua Belassiel, mais totalement inconnus de l’extérieur, autant qu’ils le méconnaisse eux-mêmes. Leur fils est une jeune parvenu sans éclat, capricieux et mondain, épris de poésie. »
Le Roy empilait les médaillons les uns sur les autres tout en parlant.
« Les frontières du Royaume partent en lambeau, et nous accueilleront bientôt les Hommes aux portes de notre forêt. La garnison que nous enverrons en échange pour Nedmor se doit de nous représenter dignement, et je ne peux risquer qu’un jeune poète écervelé nous tourne en ridicule, et se répande en mondanités, et en caprices. »
Il marqua une pause, et du dos de la main, repoussa la pile d’emblèmes.
« Pour sceller notre alliance, j’ai besoin d’hommes de confiance. Sikilas est le seul candidat sérieux, à la hauteur d’une mission aussi exigeante. Marié à ma fille, il sera anobli, et leur couple assurera notre réputation à l’extérieur sans créer de vagues inutiles. »
Olius déglutit face aux conclusions du Roy, qui venait à peine d’entendre le rapport de Sikilas. La capacité du souverain à réagir vite aux pires situations était impressionnante. Il n’avait pas hésité à, simultanément, forcer un mariage, contrarier une des plus puissantes familles de Fartarrus, et persister dans une politique extérieure que l’opinion publique rejetait en bloc, à défaut de la comprendre.
Certains doutaient de l’immortalité du Roy Belassiel, mais Olius vivait à ses côtés, et savait qu’il était bien éternel. Parfois cependant, assez étrangement, il soupçonnait le Roy de se réjouir des troubles à venir, comme s’il en attendait quelque chose.

Chapitre 4 – Les Elfes – Fartarrus, la Cité à l’épreuve du temps / 1ère partie

1. L’enclave de Fartarrus.

Le sous-officier Sikilas hâtait le pas alors que la nuit tombait, et qu’il laissait derrière lui les forêts du sud. A présent, le chemin courait sur une plaine, et remontait plus loin entre les premiers tapis de fleurs d’un sous-bois qui délimitait l’entrée du Royaume des Elfes. A l’ouest, une brise marine remontait de la plage, là où la côte venait mourir sur les falaises de la presqu’île de Fartarrus, un immense morceau de terre qui s’enfonçait dans l’océan. L’ unique passage pour y accéder était cette zone côtière, déserte et idyllique, entre les Forets des Cités Perdues et le Désert de Fuisserage. L’atmosphère envoûtante qui se dégageait des lieux devenait rapidement inquiétante pour qui s’y attardait un peu trop longuement, et gare au visiteur obstiné qui franchissait le bois et pénétrait sur l’île.

Sikilas soupira. Il revenait pourtant de Nedmor après un long voyage en territoire Humain, mais de toutes les étapes, celle du retour au pays serait sûrement la plus pénible. Il quitta le chemin et coupa vers la mer. Depuis l’apparition des Ombres, la plaine était le seul endroit véritablement neutre de Fartarrus. Plus haut, les esprits qui gardaient la forêt ne se contentaient plus de perdre les visiteurs et de les rediriger vers la sortie, ils étaient désormais systématiquement hostiles, sans prendre en compte la nature de l’intrusion. Le sous-officier marchait donc sur la plage, sans ralentir son allure à mesure qu’il s’approchait de l’eau. Il s’avança dans le courant, mais ses pieds continuaient fouler la surface des flots, portés par un banc de sable, invisible depuis les berges, qui contournait les falaises de Fartarrus.

En effet les rives de l’île, qui jouissaient déjà d’une lourde réputation, représentaient désormais un danger pour les elfes eux-mêmes. La lutte contre les Ombres était plus vive encore sur le plan astral, et les Esprits de la forêt menaient une lutte féroce pour garder à distance les créatures corrompues qui tentaient de gagner l’île de toutes parts. Cette guerre d’usure affaiblissait peu à peu les forces de la Nature, et rendait les frontières de Fartarrus impraticables, sauf pour un groupe d’elfe bien préparé. Des animaux terrorisés ou corrompus rôdaient, et les courants magiques devenaient imprévisibles.

Sikilas progressait donc au dessus des flots, et contourna l’île sur un bon kilomètre avant de disparaître dans un épais nuage de brume. Après quelques instants, il se retrouva au beau milieu d’une crique marécageuse, où une berge discrète permettait d’accéder à l’île. Là, au sommet d’une butte, un immense totem de pierre se dressait, à l’effigie d’un ours, ou d’un loup. Le sous-officier s’en approcha en plongeant la main dans le col de son pourpoint. Il en tira un médaillon d’argent, frappé du sceau de sa famille, une tête de loup formée de branches entrelacées. Il ajusta le pendentif sur sa poitrine, et s’avança vers l’autel au pied de la statue, en tirant deux petits sacs de sa besace. Il répandit des plantes sur la pierre et jeta des cendres dans une niche abritant une lampe à huile. Au dessus, une fresque ornait le socle du monument, qui symbolisait des animaux convergeant vers le même point central, un soleil croisé avec une lune.
Ces idoles avaient été érigées pour canaliser les Esprits autour de l’île, et permettre aux elfes de faire entendre leur prière, ou, dans ce cas précis, d’annoncer leur présence pour se distinguer d’un intrus. Depuis le Déchirement, toutes sortes de phénomènes et d’anomalies avaient eut lieu aux frontières de Fartarrus, et il était même arrivé qu’un Esprit perdu se retourne contre un de ses fidèles. Le peuple elfique avait eut recours à toute sorte d’astuces pour contourner les failles de ce qui garantissait leur sécurité en temps normal, mais finalement, le Roy Belassiel réglementa durement les allers et venues de ses sujets, qui ne furent plus autorisés à voyager sans raison, et le moins longtemps possible .

Sikilas contourna la statue et entra dans la forêt. Ici, un brouillard fin recouvrait le sol moussu, et les arbres gigantesques, tous identiques, n’offraient aucun repère. Nul chemin ne permettait de s’orienter, et des flaques d’eau stagnante envahissaient le terrain. Le sous-officier ne semblait désorienté, et tout en pataugeant, il soufflait dans un cor en bois, qui crépitait d’un son grave presque inaudible.
Soudain, il se retourna. Une forme sombre avait détallé dans son dos. Sikilas tira son arc et repris sa route au pas de course. En quelques enjambées, il survola les derniers mètres le séparant d’un tertre, où il se mit au sec. Il prit position au sommet de l’imposant monticule de terre recouvert d’herbe, surplombé de minuscules dolmens gravés de runes, et attendit.
La luminosité baissa progressivement, et un grondement sourd résonna tout autour de lui. Sikilas brandit son médaillon en l’air, en tournant lentement sur lui-même. Une voix souffla, venue de nulle part et partout à la fois.

« Vol…Par ici… »

Un flot de paroles incohérentes lui parvenait. Sikilas jura en elfe et mit son arc en joue, à la recherche d’une cible. Il arrêta subitement son geste, et écarquilla ses yeux gris. En face de lui, une silhouette se faufilait entre les arbres, et s’avançait dans la lumière de la clairière. C’était un loup d’un gris sombre, dont le poil hirsute accrochait des reflets violets. Le filet de bave noir qui dégoulinait de ses crocs et le blanc de ses yeux vitreux étaient caractéristiques de ces animaux fous, contaminés, perdus entre les Esprits et les Ombres, qui abreuvaient leurs victimes de questions pour tromper leur vigilance, avant de les tuer. Malheureusement, ces prédateurs devenaient monnaie courante aux alentours de Fartarrus, mais c’était bien la première fois que Sikilas faisait face à un spécimen aussi prodigieusement développé. La bête faisait la taille de deux chevaux, et ses pupilles brillaient d’une lueur maligne. Sikilas savait que la créature allait essayer de l’amadouer. Il ajusta son tir.

« De gênes entremêlées, sans chemise ni guenille… Le jour gris se lève, et la cendre est soufflée…Avec ou contre le vent ? » demanda le loup. Son sourire se voulait avenant.

Le sous-officier visait l’œil. Décidément, l’animal était vraiment énorme. Sikilas se maudit d’avoir mis autant de temps à rentrer, puis tira.

Fonctionnement des arènes

Parlons un peu du fonctionnement des arènes sur Omtorn. Lorsque nous avons réfléchi aux arènes, nous nous sommes entendu sur un aspect important : la simplicité.

Il nous fallait donc réfléchir à un système permettant de participer facilement à une arène, sans bloquer le joueur pendant la période de recherche d’une équipe.

Nous avons donc mis en place plusieurs choses, comme un système de « niveau fictif ». Ce système permet de mieux équilibrer les équipes. Nous ne souhaitions pas diviser les arènes en plusieurs catégories (arènes pour les niveaux <20, puis une pour les niveaux <40 …) ce qui entraîne souvent la difficulté pour un joueur de trouver un combat. Il n’y a qu’un seul type d’arène et c’est le jeu qui va chercher automatiquement des équipiers ainsi que des adversaires de niveau équivalent. Une fois les deux équipes trouvées, l’ordinateur va mettre tous les joueurs au niveau du joueur le plus élevé. Par exemple si le personnage le plus expérimenté est niveau 21, tous les personnages seront niveau 21 durant l’arène avec les caractéristiques d’un personnage niveau 21 (augmentation des PV, mana, puissance…) Vous conserverez tout de même le même stuff et les mêmes compétences.

Sur Omtorn les arènes se déroulent en 4v4, cependant vous pouvez participer à une arène même si vous n’avez pas de groupe ou si votre groupe n’est pas complet, le jeu complétera l’équipe. Il est possible de lancer une arène de n’importe quel lieu, il n’est pas nécessaire de camper devant un pnj d’arène. Il suffit d’ouvrir l’onglet « Arène » sur la page « Groupe ». Il sera possible, pendant que le jeu cherche une équipe et des adversaires, de continuer à jouer. Une fois les deux équipes trouvées, le jeu vous demandera de confirmer votre entrée en arène, si tout le monde confirme l’arène commence.

Actuellement un seul mode de jeu est développé, le 4v4 avec comme objectif  la première équipe à atteindre 20 points (20 kills). Une fois qu’une des deux équipes atteint ce score, l’arène se termine et les joueurs sont ramenés à l’endroit où ils étaient avant l’arène. Un compteur de victoire/défaite en arène s’incrémente.

Il existe également une quête quotidienne qui vous permet de gagner un peu d’xp et des points de guilde (pour acheter des équipements de guilde par exemple mais on en reparlera plus tard ;) ) avec pour objectif 1 victoire en arène. Cette quête est donnée par le responsable des arènes au sein de la capitale de votre race.

Pour les développements à venir sur les arènes nous souhaitons ajouter des tournois hebdomadaires et mensuels gérés automatiquement. Ils permettront de connaître les plus grandes guildes PVP ainsi que les meilleurs combattant du royaume. Ces tournois permettrons également de gagner de nombreux lots.

Voilà pour le système d’arène sur Omtorn, n’hésitez pas à nous donner votre avis et vos idées !

Chapitre 3 – Les Ulaths De Tritard à la Montagne de Brumebleue / 5ème partie

5. Brumebleue.

Après cinq jours de marche, Laya avait fait escale dans chacun des postes annexés depuis le début de la campagne de Brumebleue. Elle s’étouffa de soulagement en apercevant l’entrée du dernier camp. A cette altitude, l’épaisse canopée ne laissait filtrer que de fines aiguilles de lumières à travers les feuillages. Une végétation dense et mortelle recouvrait entièrement la montagne, et entre les arbres, des sentiers et des chemins s’entrelaçaient, se perdaient, se rejoignaient, et égaraient fatalement le visiteur imprudent. La Montagne n’était qu’un énorme labyrinthe, dont il avait été long et fastidieux de percer les secrets.

Laya souriait en traversant le camp. Le désordre qui y régnait aurait été impensable en présence de la Matriarche, même après une victoire. La chasseuse dépassait des tentes éventrées, enjambait des bagages jetés à même le sol, en s’efforçant de ne pas écraser les fêtards endormis. L’endroit était un repère d’Eladrins, des lutins sauvages, qui connaissaient sûrement les heures les plus sombres de leur histoire en ce moment même. En effet, un groupe de soldats lançait les lutins en l’air, qui criaient de leur voix nasillarde si caractéristique. Les nains fusaient dans tout le campement, déclenchant l’hilarité générale à chaque fois, et aucun ne connaissait une fin glorieuse. Lorsque l’un d’eux passa au dessus d’elle en hululant tout du long de sa trajectoire en cloche, Laya eut beaucoup de mal à retenir son geste et à ne pas lui décocher une flèche en plein vol.

Les Eladrins avaient été gênants dans la prise de Brumebleue, mais plus loin, Laya ralentit en croisant le cadavre d’un énorme lézard, à peine entamé. Ces reptiles géants étaient les gardiens de la Montagne, et constituaient les adversaires vraiment dangereux de la région.

Au bout du camp, alors que la végétation commençait enfin à se raréfier, Laya vit deux gardes lui faire signe, et lui montrer une large ouverture entre les feuillages. Elle les remercia en crapahutant sur un chemin où les herbes se disputaient aux cailloux, et rejoint ainsi un plateau rocheux, où se terminait la forêt. Le territoire était à la lisière de Brumebleue, là où la Montagne finissait brusquement pour laisser place aux Forets des Cités Perdues en contrebas, et Laya savait qu’elle marchait à présent sur une de ces falaises frontalières.

Elle profitait de la lumière et du courant d’air froid qui s’écoulait des hauteurs, mais son relâchement fut de courte durée. Brusquement elle se figea d’effroi alors qu’en face d’elle, au beau milieu du plateau rocheux, se dressait un énorme lézard blanc et bleu, qui la fixait de son œil vitreux. Elle banda immédiatement son arc, mais remarqua un détail insolite. Le reptile était harnaché. En outre, il ne semblait pas du tout hostile, et il se détourna de Laya comme on se désintéresserait d’un moucheron.

C’est alors qu’elle remarqua Jok, assis sur un rocher, qui la toisait, la tête posée sur le poing. C’était le chef de guerre le plus laxiste et le plus familier qu’elle eut connu. Le meilleur aussi, en qui Rasal avait placé toute sa confiance, et à qui l’on confiait les plus périlleuses missions. Pour Laya, c’était surtout son frère de sang.

Jok était donc à la tête de l’expédition de Brumebleue depuis le début, et son corps en portaient encore les stigmates. Sa peau couleur de nuit était zébrée de cicatrices et de plaques grises, et sa musculature était proprement terrifiante. Une de ses cornes blanches avait été brisée, puis réparée, une séquelle dont personne ne connaissait réellement l’origine et qui alimentait la rumeur.

Laya désigna le gros reptile.

« Vous avez réussit à en domestiquer ? » demanda-t-elle sans préambule.

« Celui-là, oui. »

« Intéressant… » Laya avait autant d’admiration pour les facilités qu’avaient son frère avec les bêtes, qu’elle avait d’aversion pour son laconisme.

« Alors, quand arrive-t-elle ? » repartit Jok en parlant de Rasal.

« Pour l’instant elle reste au camp à l’entrée de Brumebleue. Ce n’est pas pour te transmettre une date que j’ai fait tout ce chemin « .

Jok ne relevait plus les entorses protocolaires de sa soeur, qui n’avait jamais vu en lui que le frère, et pas le chef.

« C’est incomparable à ce que vous avez accompli à Brumebleue, mais sache que les Boucans ont été démantelés, et qu’il est désormais question de déplacer Tritard ici dès que possible…Tiens, tes ordres dans le détail. » Tout en parlant, Laya lui avait remit un parchemin scellé.

Après avoir parcouru brièvement la note, Jok remarqua :

« Il est question d’abandonner la traque des autres camps en Brumebleue… »

« C’est précisément pour ça que je suis là. »

« Hmmm… » Jok attendait.

« J’ai accompagné la Matriarche depuis son départ de Tritard. Après avoir réglé la question des Boucans, nous avons mis le cap vers l’Ouest en direction de Brumebleue. Tu te souviens du gué qui permet de franchir la frontière des Plaines Fournaises vers la Montagne ? »

« Oui, on est tombé sur des vagabonds à l’époque, mais ils ont fuit » se souvint Jok, les yeux pleins de regrets.

« Nous ne pensions pas rencontrer de difficulté, nous… »

« Huuuummmm, je pense bien, puisque les ordres ont changé ! Accouches… »

Un début d’agacement qui satisfaisait Laya suffisamment pour qu’elle en vienne au fait ;

« Une sorcière. Elle est apparue sans crier gare, au beau milieu de nos troupes, et a commis un carnage en quelques secondes. On a réussi à la maîtriser alors qu’elle était sur la Matriarche, qui ne s’est pas laissée faire, comme tu t’en doutes. Elle n’a pas attendu que la sorcière refuse de parler, elle lui a simplement demandé avec quel bras elle exerçait sa magie avec le plus d’efficacité, puis elle lui a arraché l’autre. C’était pas très beau, elle a fait ça comme ça, sans instrument. Bref, c’était une agression assez exceptionnelle, et Rasal a gardé la sorcière captive pour l’interroger. Au final, elle a gardé la sorcière pour ses aptitudes magiques, et sa connaissance de Brumebleue. C’est elle qu’on va charger de dresser une cartographie plus exhaustive de la Montagne, et qui va nous aider à débusquer les tribus restantes. Ah oui, elle déconseille aussi de s’en prendre aux Eladrins, mais ça… »

Jok fit une moue en haussant les épaules.

« Comment s’appelle-t-elle ? »

« Yeta, c’est une humaine originaire des Contrées Sombres, selon ses dires. »

« Et tu dis qu’elle est des nôtres ? »

« Plus ou moins, Rasal la tient sous bonne garde en permanence. »

« Mmh. »

« Oh oui, une dernière chose! J’en ai vu un se détacher du lot lors de la capture de Yeta, un certain Lorkoch. Il faisait beaucoup d’efforts, et Rasal semblait l’apprécier… » Laya faisait des clins d’œil en ricanant.

Jok ne répondit pas. Il saisit sa sœur par la nuque, en maintenant fermement sa prise. Laya rigolait.

« Aïe, Aïe ! Arrête ! »

Il avança avec elle jusqu’au bord du plateau. La Montagne de Brumebleue s’arrêtait brusquement, comme coupée net, et un précipice s’étendait sous leur pied. La vue leur offrait un incroyable panorama, un océan de verdure qui s’étendait à perte de vue. Les Forêts des Cités Perdues venaient buter le long de la roche de Brumebleue, et marquaient l’entrée en territoire neutre. Jok se pencha vers Laya et murmura ;

« Loin au milieu de cette zone, c’est la Vallée d’Orion. Si Rasal n’a plus de travail pour moi ici, tu sais qu’elle est la prochaine étape de ma division ? »

« Bah elle va quand même pas vous envoyer directement dans les Cités Perdues… »

Laya appréhenda le silence de son frère en le regardant du coin de l’œil.

« C’est quoi votre histoire…? » hasarda-t-elle.

Jok la lâcha, lui rendit le parchemin qu’elle lui avait transmit, puis disparut un instant derrière un rocher. En parcourant les ordres adressés à son frère, Laya constata qu’effectivement, Jok était affecté comme éclaireur dans la zone contestée. Plus curieux était le ton du message, formel, très officiel.

« Elle te garde à distance… », remarqua-t-elle, taquine.

« Laya ! » Jok revenait avec un Eladrin ligoté sous le bras. Il esquissa un sourire plissé, en fronçant les sourcils. « Cherche pas, et profites de ton temps libre. »

Il posa l’Eladrin au bord de la falaise, en le frappant sur le crâne pour l’attendrir. Il prit son élan, et frappa du pied de toute ses forces dans le lutin étourdi. La victime s’envola au dessus du vide avec une amplitude prodigieuse. Laya gloussa en sortant son arc, et décocha une flèche en travers de l’Eladrin. Le frère et la sœur se félicitaient, en regardant le nain transpercé qui n’en finissait pas de dégringoler vers les Forets des Cités Oubliés.